
COMMUNIQUÉ DE PRESSE DE PLUS JAMAIS ÇA, NI ICI NI AILLEURS
Jeudi 8 mars 2007, la cour d’appel de Toulouse doit statuer : − d’une part sur les demandes d’actes complémentaires formulées par les associations de victimes, partie civile dans la catastrophe d’AZF − d’autre part sur les demandes de relaxe de Grande Paroisse et Serge Biechlin.
L’association de sinistrés « Plus Jamais Ça, ni ici ni ailleurs » ne peut se satisfaire d’une enquête ayant porté uniquement sur l’étincelle qui a provoqué l’explosion. Cette enquête n’a jamais tenté d’éclaircir les causes profondes de cette catastrophe, ni analysé l’ensemble des responsabilités et elle est restée muette sur les conditions dans lesquelles l’industriel s’est immiscé, dès les premières heures suivant la catastrophe, dans les investigations de la police judiciaire.
Des associations ont donc demandé au juge d’instruction :
de dissocier les plaintes de « Mise en danger délibérée de la vie d’autrui » et d’« Entrave à l’enquête » de la plainte principale portant sur l’homicide involontaire.
d’ordonner une expertise sur l’organisation générale du travail et de la sécurité dans l’usine
de rechercher les personnes ayant décidé de ne pas entreprendre les travaux de remise en état du sol du hangar 221,
de demander au groupe TOTAL le détail du budget investi dans la sécurité de l’usine.
De leur côté les avocats de la société Grande Paroisse et de Serge Biechlin demandent que soit prononcé un non-lieu, estimant qu’il n’existe pas de charges suffisantes dans le dossier et le rapport d’expertise pour permettre un renvoi de leurs clients devant un tribunal correctionnel.
La décision qui sera prise aujourd’hui par le Tribunal est donc capitale pour les associations et le groupe TOTAL.
Cette décision n’est pas sans lien avec le procès actuel de l’Erika : les procédures judiciaires de l’Erika et d’ AZF impliquent toutes les deux le groupe TOTAL qui depuis ces deux catastrophes, et pour « humaniser » ses bénéfices records, se construit à grands coups de campagnes publicitaires l’image d’un groupe qui a une véritable politique de responsabilité sociale et environnementale. Le procès de l’Erika et celui éventuel d’AZF sont donc un enjeu important pour la réputation et l’image du groupe Total.
Mais si TOTAL a été mis en examen au pénal dans l’affaire de l’Erika, ce n’est toujours pas le cas dans l’affaire AZF. Il est vrai que dans le cas d’AZF, ce sont uniquement des citoyens et des associations qui se battent sans grands moyens. Les collectivités locales indemnisées par le groupe, qui avait retenu la leçon de sa gestion catastrophique de l’Erika, ont renoncé à porter plainte alors que dans l’Erika, elles sont parties prenantes dans le procès.
Pour TOTAL, obtenir une relaxe dans la procédure AZF serait une grande victoire, qui pourrait influer sur le procès de l’Erika.
Aujourd’hui l’enquête sur l’homicide est dans l’impasse, les rapports d’expertise sont mis en doute, le délit de mise en danger délibérée de la vie d’autrui, seule possibilité pour aboutir à un véritable procès, n’intéresse pas la justice.
Une relaxe prononcée par le tribunal serait la négation de la catastrophe et des victimes du 21 septembre 2001. Mais le rejet de la demande de relaxe qui ouvre la porte à un procès pénal n’aura de sens et de valeur que si TOTAL, ATOFINA et les responsables des décisions ayant conduit à cette catastrophe sont également convoqués devant le tribunal lors du procès.