
Cette lettre n’a d’autre but que de contribuer à retrouver sens à notre engagement communiste. Pour cela, j’ai éprouvé le besoin de mettre par écrit mes sentiments partagés par nombre de camarades en Haute-Garonne et dans le pays. Colère profonde, incompréhension, sentiment de trahison... les témoignages concordent et sont révélateurs d’un grand schisme dans le Parti. "On en a avalé des couleuvres durant toute notre vie de militant, on a réussi à les digérer. Cette fois-ci, c’est trop, on ne suit plus !" me disait un camarade vétéran peu de temps après la désignation autoritaire de la candidate MG BUFFET. En effet, pour ces camarades dont je suis, le divorce est consommé entre d’un côté un idéal qui a motivé et continue de motiver tant de communistes, et, de l’autre, des attitudes et décisions de Direction en opposition totale avec l’idée même du communisme et de la démocratie, attitudes qui condamnent à terme, un Parti qui a tant œuvrer pour l’Homme, la paix, l’anti-racisme... La colère, l’incompréhension, la perte de confiance exprimées par ces camarades doivent être connues du plus grand nombre et analysées pour préparer l’avenir sur des bases claires et ce, en vue des résultats des élections présidentielles annonciateurs d’un cataclysme dans le Parti.
Nous sommes très nombreux à dénoncer :
une Direction qui a fait jouer la crainte d’un effacement du Parti et le réflexe de "la citadelle assiégée" comptant ainsi sur les farouches opposants à la stratégie du 33°Congrès (voir en Haute-Garonne tout particulièrement) jusqu’à la remettre radicalement en cause.
la soit disant "majorité" au sein des collectifs, qui fait fi des chiffres réels, pour imposer une candidature et lancée insidieusement au lendemain du congrès de mars 06 (affiches et programme au nom de MG BUFFET, un planning de 12 meeting découverts au hasard d’un CN...). Rappelons les chiffres issus de la réunion des collectifs des 9 et 10/12 à St OUEN. Sur 862 collectifs recensés, 550 PV ont été dépouillés dont 350 avec chiffres comptabilisés et difficilement comparables. Le dépouillement fait par le PCF et le chiffre annoncé de 62% pour MGB correspondait, au mieux, à 62% des 350 collectifs, soit 25% des 862 collectifs. Et que dire des très nombreuses "anomalies" dénoncées localement et nationalement (création de collectifs de circonstance et de dernière minute, votes groupés sans noms, vote pour MGB sans débat ......) ?
Comment croire à la sincérité des propos appelant à l’unité après un tel coup de force qui a provoqué un immense désarroi et des blessures profondes dans les 75% des collectifs autres, toujours épris d’Alternative et d’unité. A ne pas vouloir entendre et reconnaître publiquement cette crise et les désaccords profonds tant sur la forme que sur le fond (voir réponse de MGB à la récente lettre des 16 membres du CN), à ne pas vouloir se rallier à la campagne réellement unitaire lancée en janvier par plus de 300 collectifs, la Direction du PCF met en péril, non seulement, l’avenir et l’unité du Parti, mais renforce ainsi la défiance de nos concitoyens vis-à-vis des partis politiques et de leurs fonctionnements condamnables à bien des égards. "L’objectif essentiel de leur organisation est de favoriser le rassemblement, l’intervention et la participation à la décision politique, à égalité de droits, de tous ceux qui entendent travailler dans cette perspective. Il s’agit d’inventer une forme radicalement neuve de pratiques politiques et de parti politique". Voici, pour rappel, un extrait du préambule des statuts du PCF. La direction du Parti avait une opportunité historique de mettre en acte les décisions du Congrès à l’occasion de cette présidentielle. Nous ne pouvons que prendre acte de ce retournement de stratégie et ce reniement de la démocratie interne. Ne nous étonnons pas de voir nombres de communistes et d’élus quitter le Parti ou ne pas s’investir dans la campagne MG BUFFET, et dans le même temps, s’engager plus encore dans un mouvement citoyen qui ambitionne de se structurer pour durer. Ces militants, dont je suis, n’ont pas renié leur engagement communiste, bien au contraire, ils mettent, ni plus ni moins, en application la stratégie de leur congrès. Ils ont fait le choix de la construction collective dans les collectifs, dans la diversité réelle des citoyens présents, dans le débat contradictoire, source d’enrichissement de tous et de chacun. L’appel des "Elus qui ne se résignent pas" le dit très clairement : "C’est dans les collectifs unitaires de la gauche antilibérale que se bâtit l’Alternative politique de demain. Ils ont su rassembler des identités politiques, générationnelles et culturelles différentes et nous pensons que c’est ce qui a fait sa force comme sa légitimité. La majorité de la LCR et du PCF ont manifestement mésestimé l’ampleur et l’enjeu de ce rassemblement comme sa détermination...L’attente d’une candidature de rassemblement, plus large que le cadre institutionnel des partis est grande...ainsi que la volonté d’inventer durablement du neuf à gauche, dans le fond et dans la forme...Il faut réinventer la gauche. Pouvons-nous faire la sourde oreille à ce mouvement ? Est-il raisonnable de ne pas en tenir compte ?...".
Quant à la campagne alternative et citoyenne engagée avec J. BOVE le 1° février, ne s’agit-il pas de "Victoire de la rébellion citoyenne sur l’impasse provoquée par des appareils politiques peinant à s’unir ...victoire des citoyens agissants qui reprennent leurs affaires en main et qui obtiennent le respect en se respectant eux-mêmes ?" (Jennar, Onfray, Youlountas) Même si cette campagne et cette candidature, "bénéfiques puisqu’élargissant le total des votes à gauches" (Institut IFOP), ne devaient pas aller jusqu’au bout, ce réseau militant, en lien avec l’ensemble des collectifs unitaires antilibéraux, poursuivra et amplifiera cette dynamique, se préservant de toute manœuvre politicienne, d’où qu’elle vienne.
Je me suis permise d’apporter ces quelques éléments de réflexions et de connaissance afin que chacun-e puisse mieux identifier les responsabilités et motivations des uns et des autres. A la demande de camarades de Haute-Garonne surpris de me voir engagée dans la campagne BOVE, j’ai voulu ainsi expliciter, mon désengagement militant du PCF tant au niveau fédéral que national après ce que de nombreux militants communistes et alternatifs ont nommé à juste titre, une "trahison tueuse d’espoir". En tant que communiste "Unitaire", ma confiance et mes convictions vont dans ces collectifs citoyens pour réinventer la politique ensemble et, dans le même temps, vers tous ces camarades sincèrement engagés dans et hors le PCF pour construire, ensemble, un idéal commun.
Nadine STOLL (Communiste Unitaire de Haute-Garonne - 26-02-07)