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A propos du texte de Pierre Rousset sur la présidentielle
mardi 5 juin 2007, par
Contribution de G.Da-Ré

Pierre Rousset a déjà produit un texte long, argumenté, polémique sur la candidature de J. Bové : le Bovéthon. Voici un nouveau texte polémique à souhait, un peu haineux qui laisse entrevoir ce que sera l’orientation de la LCR dans les mois à venir : sectarisme à tout crin et introduction de méthodes de gestion des désaccords à l’intérieur et à l’extérieur étrangère jusqu’alors aux pratiques de la LCR.

Le point de départ du texte est un article de S. Zapi dans le monde, dressant un tableau plutôt sombre de l’état de la gauche de la gauche et l’énumération des contradictions relevées entre l’article du Monde et le « chat » de S. Zapi. P. Rousset ne manque pas de signaler les sympathies de S. Zapi pour Bové. Soit. Je préfère ces sympathies à celles de Colombani pour S Royal. Mais pour être tout à fait crédible sur les articles du Monde concernant O. Besancenot, P¨. Rousset aurait du citer celui du Monde toujours de S Zapi et rendant compte du meeting de Marseille. Cet article me paraît plutôt élogieux pour O.B.

Il y a deux points avec lesquels je suis d’accord avec P. Rousset, le premier c’est l’absence de Bilan de la part des initiateurs de la campagne Bové. Cependant le Monde a publié au lendemain du 1er tour un compte rendu de la réunion des collectifs qui donne quelques éléments de compréhension. Des textes individuels ont également circulé sur la toile. Il n’en demeure pas moins qu’il n’y a pas de bilan officiel. écrit, validé. L’autre point avec lequel je suis d’accord est la référence aux 25 dernières années, c’est un non sens journalistique et une erreur politique. Venons en au fond maintenant.

1-Non la ligue n’est pas responsable du faible score de J Bové, il est seul responsable avec son équipe de campagne du petit score réalisé. Au-delà de la culture militante, du style de campagne...très rapidement il est apparu que les prestations médiatiques de J.Bové ne supportaient pas la comparaison avec celles de O Besancenot. Dans une campagne de ce type, on peut le regretter, mais les prestations médiatiques sont essentielles. C’est d’autant plus vrai cette fois ci que la campagne a été écoutée, les meetings de tout le monde, où presque, ont déplacé des foules immenses, la participation a atteint un niveau record. Dans ce contexte toute parole prononcée est disséquée, analysée et pèse lourd au moment des comptes.

D’un coté il y a un discours extrêmement bien rôdé, un langage approprié aux couches sociales visées, jeunes, banlieues, salariés, de l’autre un discours trop déconnecté des questions sociales, vertébré par l’idée que la force de la candidature était liée à la non appartenance de J. Bové à un parti et enfin un discours dans le quel le « nous » avait du mal à trouver sa place face au « je ».

Oui la ligue avec le PCF sont responsables du faible score global de la gauche de la gauche et en ce sens, il y a un vrai recul par rapport à 2002. Je reviendrai plus loin sur le vote utile, mais prendre cet argument pour valoriser le score de O.B est plutôt cocasse, car l’émiettement de la gauche de la gauche est la première cause du réflexe vote utile. Pourquoi voter pour l’un de ces candidats, dont les programmes sont proches en sachant que les scores seront faibles et inopérants pour peser dans la situation. Notons au passage que la ligue qui a fait de l’indépendance de la gauche de la gauche avec le PS une question centrale, une question de rupture, doit constater que la peur d’une reproduction de 2002 conduit des électeurs potentiels de la ligue à voter dès le 1er tour...PS et parfois Bayrou !! Le seul moyen dont disposait la gauche anti libérale était la candidature unitaire. Que des milliers d’électeurs de gauche de peur d’une reproduction du 22 avril votent Bayrou, par crainte d’un faible score de SR en dit long sur nos responsabilités d’avoir échoué. P. Rousset peut toujours argumenter qu’il ne croyait pas possible un score élevé avec une candidature unitaire, ceux et celles qui ont déliré sur les scores de Bové l’aident bien...mais ces millions d électeurs votant Bayrou et SR au premier tour au non de l’utilité, pour empêcher la présence du FN, pouvaient tout à fait au nom d’un vote utile « du vote des tripes » choisir le candidat unitaire de la gauche

2-La division étalée par la gauche de la gauche a produit les effets connus, ceux que l’on rencontre quand l’appel à la grève des 5 syndicats d’une entreprise est fait séparément. Il y a grève mais elle n’est pas majoritaire et elle produit son cortège de rancœurs, de lassitudes, de découragements...et de défaites.

Dès lors pour ceux et celles à gauche, qui refusaient la logique du vote utile dès le premier tour il s’est imposé une logique de vote utile à la gauche de la gauche qui a favorisé O.B.parcequ’il était de loin le meilleur des candidats. P. Rousset le note à sa façon en constatant que contrairement à 2002 « chaque espace politique n’a été occupée que par une seule candidature » Pour comprendre ce phénomène, il suffit de comparer les scores de Krivine et Besancenot et de mesurer le chemin parcouru. L’orientation, le fond des arguments n’ont pas changé, ce qui a changé c’est celui qui les énonce et la façon de les énoncer. Pour qui connaît la maison (voir article du Monde sur Sabado « l’inventeur « de O.B).on constatera que rien n’a été laissé au hasard dans la « fabrication » du candidat OB et la réussite est indiscutable. Je ne trouve pas cela scandaleux à condition de l’assumer comme tel. D’ailleurs P. Rousset ne cache pas « encore que les qualités de la candidate ou du candidat ne soient pas négligeables »

Pour autant A. Krivine, n’avait pas un « pois chiche » dans la tête, comme P. Rousset le laisse entendre pour les autres candidats. La ligue peut argumenter sur l’indépendance du camp anti libéral par rapport au PS il n’en demeure pas moins que depuis le début elle considère que OB était le meilleur candidat, ce en quoi elle à raison, qui pouvait arriver en tête, (elle a tremblé au moment de l’annonce de la candidature Bové) et battre une nouvelle fois le PC, arriver devant les anciens ministres...ce sont ces considérations qui pour l’essentiel ont dicté la ligne de conduite pour la présidentielle et maintenant pour les législatives. Sur le fond ce choix électoral indique le refus de s’engager dans la voie de la construction d’une force alternative et l’ouverture d’un cours sectaire qui laissera peu de marge de manœuvre aux opposants internes. L’analyse que fait P. Rousset du sens du vote sur le rejet du TCE pour démonter l’argumentation de S.Zappy ne fait que conforter l’idée « qu’il était dominé par un rejet à gauche du néolibéralisme ». Par contre prendre les accords Ligue LO, pour laisser entendre que des accords unitaires ne produisent pas toujours de bons scores est un mauvais exemple. Les raisons ont été cent fois expliquées, il n’est pas utile d’y revenir

3-Oui bien sûr la sortie de campagne de J. Bové est pitoyable et rien ne peut justifier que dès le lendemain du 1er tour il se croit obligé d’accepter une mission du PS...qui a pris un coup de chevrotine au soir du deuxième tour. On peut se focaliser sur ce non événement, mais l’essentiel est ailleurs. José Bové qui s’est retrouvé être le candidat d’une partie des collectifs anti libéraux y était par défaut. Si on reprend le fil de l’histoire il ne fait pas l’unanimité loin s’en faut, il a même des défauts identiques à ceux des porte-parole des partis, compte tenu de ses combats menés sur des sujets récurrents, il a un rapport à la démocratie extrêmement distendu (par exemple le communiqué fait le soir du 1er tour n’est pas celui élaboré collectivement, mais son seul point de vue, aidé probablement par quelques électrons libres...). Sa candidature s’impose avant tout par le refus des collectifs de passer sous les fourches caudines des décisions de la ligue et du PC d’imposer leur candidat. Pourquoi OB et MGB étaient plus légitimes qu’un candidat issu des collectifs ? Telle est la question qui se posait. Dès le moment ou la ligue et le pc avaient quitté le navire, ce qui a constitué une excellente nouvelle pour la fraction anti parti du mouvement, la campagne Bové n’a cessé d’être soumise à des coups de vents, un jour Hulot, un jour une charge contre OB... Les réactions multiples à ces dérapages sont suffisamment claires pour éviter tout amalgame entre Bové, sa garde rapproché et l’immense majorité des militant e s des collectifs. Le PC et la ligue n’avaient dans ces conditions qu’a attendre que le navire vienne s’échouer sur un banc de sable. Au choix de O B. fait dès le 1er trimestre 2006 il faut ajouter un autre argument donné par P. Rousset dans son texte le Bovéton : la division interne de la ligue, sa faiblesse interdisait toute participation à un processus qui sans nul doute aurait éprouvé la ligue et mis en lumière son refus de s’engager dans la construction d’une force nouvelle pourtant inscrite dans ses résolutions. En même temps la ligue dessine dans le mouvement social une carte sur laquelle sont inscrits les courants, les sensibilités, les noms...de ceux et celles que la ligue veut désormais écarter de tout processus de recomposition, en premières lignes il y a ceux et celles qui depuis des années ont participé à tous les combats dont bon nombre furent membre de la ligue. Il semblerait même que ces mises à l’index frappent des élu e s, dont C. AUTAIN et C. VILLIERS !!! Voilà un point commun que la ligue a avec les électrons libres. Par ailleurs ce tri n’est pas sans rappeler les mises à l’index faites par le pcf’ à l’encontre des « déviants dans une période que l’on pouvait penser révolue ! ». Mais s’acharner sur les conneries de Bové, permet de faire oublier les pronostics faux de la ligue, maintenus par P. Rousset sur les arrangements du PC avec le PS sur les législatives. Le temps des arrangements PS-PC est terminé. C’est vers le centre que lorgne désormais le PS..

4-Quel que soit l’appréciation que l’on porte sur le score de OB, excellent, bon, moyen, médiocre (P. Rousset reprend à son compte les constats de S.Zappy sur le sens du vote O.B captation de la radicalité...il faut espérer que le niveau de celle ci est au dessus de 4,1%) la question essentielle est de savoir à quoi il servira. LO a déjà franchi la barre des 5%...qui a débouché sur une scission...qui a profité numériquement à la ligue...et qui a contribué a modifier les rapports de force internes dans le sens d’une « sectarisation » de l’organisation. Si la ligue ne prend pas un tournant unitaire, ne pose pas les jalons pour la construction d’une nouvelle force, il est certain que le résultat de la présidentielle sera réduit à néant, comme en 2002. L’afflux massif de nouveaux militant e s en 2002 s’est progressivement tari parce que la ligue n’a pas compris que pour l’essentiel de ces nouveaux adhérents le renforcement de la ligue avait pour but principal la construction d’une nouvelle force et non une adhésion pour construire le parti autour de la ligue. Nous croyons voir dans la démarche immédiate de l’après présidentielle la reproduction des mêmes erreurs. Les législatives sont en ce sens très instructives. Au-delà de l’aspect sonnant et trébuchant, la ligue a fait le choix, comme la plus part des organisations de présenter des candidat e s ligue en laissant un espace réduit pour des candidatures unitaires. Cette fois ci elle a même parachuté par-dessus la tête des directions des fédérations départementales des candidats pour s’opposer à des démarches unitaires, c’est le cas du Lot, du Puy de Dôme, du Lot et Garonne. Il faudra également revenir sur ce que la Ligue a fait dans la 1ère à Toulouse. C’est l’introduction de pratiques qui jusqu’à maintenant étaient bannies à la ligue. Ne pas soutenir une candidature est une chose, parachuter un candidat est une autre chose. Au cours sectaire de la ligue s’ajoutent maintenant des pratiques inquiétantes : désigner à l’extérieur ceux qui sont exclus de la recomposition politique, étouffer à l’intérieur ceux et celles qui contestent l’orientation politique.

5-La victoire du non en 2006 est un acte fondateur, une brèche considérable ouverte dans le libéralisme, qu’il fallait poursuivre par la construction d’un front électoral à la présidentielle et aux législatives. Certes nous n’avions pas l’assurance absolue d’aller au bout de la démarche, de bousculer le jeu politique si nous y parvenions...la ligue n’aurait pas été accueillie à bras ouverts...mais il fallait le faire. Avec un score honorable la gauche de la gauche pouvait peser dans la recomposition politique, offrir une alternative politique au moment ou le PS se prépare à recomposer au centre. Encore une fois la démonstration est faite que quand la gauche court après la droite elle perd. Qui mieux que nous pouvait incarner ce que sont les vraies valeurs de gauche ?

Gilles Da-Ré.

PS Le texte de D. BENSAID et S. JOHSUA que l’on peut trouver sur Belacio intitulé : « Pathétiques : face à ce paysage dévasté de la gauche, la LCR a de nouvelles responsabilités » Bien sûr selon les auteurs du texte, la ligue n’a aucune responsabilité dans le désastre. « une gauche 100% à gauche, aussi fidèle aux exploités et aux opprimés que la gauche light de gouvernement leur fut infidèle, est à construire » Soit, mais après les législatives !!! parce que « le temps de la réflexion et des redéfinitions », sera venu. Comme P. R, ce texte fixe les limites de ce que sera « le regroupement autour d’un projet réellement anticapitaliste, écologiste, féministe, 100% à gauche », ce sera la LCR+ ceux et celles qui voudront y adhérer. Une vraie nouveauté...vouée à l’échec.

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