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AZF : un rapport final qui doit être complété !
lundi 15 mai 2006, par PJCNina-CdP
C’est officiel, l’explosion a été causée par un accident. Mais quid de l’inculpation des véritables responsables ?

Réponse parue le 12/05/2006 Réaction à l’article "AZF : le rapport final remis dans les prochains jours"

AZF : un rapport final qui doit être complété !

Le rapport final des experts concluant à un accident chimique sur le site AZF a été remis au juge d’instruction. C’est une étape, mais le travail des enquêteurs ne devrait pas s’arrêter là. Le juge a refusé par deux fois d’ordonner une expertise sur les conditions générales de gestion et d’organisation de l’usine. C’est pourtant par ce travail que toute la chaine des responsabilités pourra être remontée, et que des mesures pourront être prises dans les autres sites en France pour que ... Plus Jamais Ca, ni ici, ni ailleurs. Espérons que M. Perriquet poursuive son travail d’instruction sans tarder.

Sophie Vittecoq - PJCnina Croix de Pierre.

La Dépêche du Midi, article paru le 12/05/2006 CATASTROPHE. LE PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE A CONFIRMÉ HIER, SUR LA BASE DU RAPPORT FINAL DES EXPERTS, L’ORIGINE ACCIDENTELLE DE L’EXPLOSION DU 21 SEPTEMBRE 2001.

AZF : c’était bien un accident

« L’accident est de nature chimique. » Par cette phrase laconique et sans appel, le procureur de la République, Paul Michel, a confirmé hier soir, juste après avoir reçu les conclusions des experts, l’origine de l’explosion de l’usine AZF le 21 septembre 2001 qui a fait trente morts et des milliers de blessés. La thèse de l’accident, dû au mélange de deux matières incompatibles, le chlore et les ammonitrates, est donc aujourd’hui officiellement avancée par la justice.

Ce n’est pas une surprise : les deux prérapports des experts scientifiques ainsi que les nombreux travaux annexes avaient déjà largement étayé les soupçons nés très rapidement. Soupçons sur la manipulation d’un employé qui a déversé, quinze minutes avant l’explosion, 500kg de produits chlorés sur les 300 tonnes de nitrates dans le hangar 221, soupçons aussi sur l’état déplorable de ce hangar et le fonctionnement de l’usine. Après plus de quatre ans d’un travail colossal des experts, c’est aujourd’hui ni plus ni moins qu’une réponse claire et argumentée qui est fournie aux Toulousains.

Dans un document qui comporte plus de cinq cent pages et de nombreuses annexes, les scientifiques étudient et écartent aussi une à une les pistes qui n’ont cessé d’alimenter la polémique : l’arc électrique, l’attentat terroriste, la fuite de gaz, l’incendie accidentel, l’hélicoptère, etc. Autant d’hypothèses sur lesquelles la Police judiciaire a mené des investigations poussées et également conclut sans ambiguïté.

Les juges d’instruction Thierry Perriquet et Didier Suc vont dès mardi, à 14 heures, présenter aux parties civiles le rapport. Hier, à 21 h 05, alors qu’il quittait le palais de justice en compagnie des experts, Thierry Perriquet a simplement confirmé qu’il venait de réceptionner un document « très volumineux ».

L’horizon du procès en 2007 s’est rapproché hier. Qui sera dans le box des accusés ? Seules deux personnes sont poursuivies à ce jour. Total, qui n’a cessé d’entretenir un bras de fer et qui a sans aucun doute préparé sa contre attaque, peut-il à présent échapper à une mise en examen ?

Jean-Noël Gros

Vers une mise en examen de Total ?

Avec la thèse de l’accident chimique confirmée se pose évidemment la question de l’avenir judiciaire de Total. À ce jour, deux personnes seulement sont mises en examen pour homicide involontaire : le manutentionnaire Gilles Fauré, soupçonné d’avoir déversé un sac de 500kg de produit chloré sur un tas de nitrate et Serge Biechlin, directeur de l’usine. Aujourd’hui, Total est pointé du doigt dans le cadre d’une autre enquête. En parallèle, des investigations sur l’entrave à l’enquête pénale (information ouverte depuis septembre 2005 sur une plainte de Gérard Ratier) s’enrichissent de nouveaux éléments. A quatre jours de la présentation aux parties civiles du rapport d’experts sur l’origine chimique de l’explosion de l’usine AZF, le dossier connaît une avancée de taille. Mercredi matin, quatre employés du groupe Total ont été placés en garde à vue et entendus par les enquêteurs de la direction centrale de la police judiciaire. Agissant sur commission rogatoire du juge d’instruction Thierry Perriquet, les policiers effectuent, selon une source, « des vérifications portant notamment sur les produits utilisés et véhiculés « avant et après l’explosion du hangar 221. » Hier, l’un des employés de la société Grande Paroisse, filiale de Total, a été laissé libre à l’issue de sa garde à vue dans les locaux de la PJ toulousaine. Membre de la commission d’enquête interne, comme les trois autres employés toujours entendus à Nanterre et Calais par la direction centrale de la PJ, ce chef de service a-t-il fait obstruction au sein de la commission Total à l’enquête pénale sur le site de l’explosion, juste après cette dernière ? C’est toute la question à laquelle doit répondre aujourd’hui la justice toulousaine à un moment crucial de l’instruction. Par ailleurs, ces gardes à vue sont doublées d’une série de perquisitions effectuées, mercredi, au siège du groupe Total, à Paris. Selon des sources, « rien de significatif n’a été retrouvé sur place. » Autant de gesticulations qui prouvent bien un recentrage du dossier vers Total dont la mise en examen en tant que personne morale est toujours demandée à cor et à cris par l’association des familles endeuillées. Joint hier, le directeur délégué d’AZF, à Toulouse, Patrick Timbart, « non informé », n’a pas commenté ces derniers événements.

Frédéric Abéla

Salariés, victimes : toujours partagés

Georges Paillas, ancien salarié d’AZF. A été mis en examen avant de bénéficier d’un non lieu : « C’est du vent tout ça. Le dossier est vide. Qu’ils nous prouvent qu’il y a eu du chlore au 221 et surtout comment il y est arrivé. Scientifiquement, ça ne tient pas. Quant aux quatre collègues placés en garde à vue pour entrave à l’enquête, quand même ! C’est eux qui ont mis les flics sur la piste du chlore. C’est un peu ubuesque de les voir dans cette situation le jour où la justice confirme le mélange chlore ammonitrate. »

Jacques Mignard, président de l’association AZF mémoire et solidarité : « Si on nous sert la même soupe mardi, on verra. Mais on veut des explications sur tout, sur les éléments précurseurs, sur le témoignage des gens qui ont entendu deux explosions... On utilisera tous les recours pour que la justice mette en œuvre tout ce qui est nécessaire à la recherche de la vérité. »

Gérard Ratier, président d’une association de familles endeuillées : « Pour moi, le résultat ne faisait aucun doute. L’accident chimique était la thèse la plus vraisemblable. En tout cas, ça renforce ma plainte pour entrave à l’enquête, car ce n’est pas un hasard si Total a chamboulé le hangar Demi grand bien avant que la police s’y intéresse. Aujourd’hui, la piste chimique se confirme, et c’est là, dans ce hangar, qu’elle trouve sa source. On souhaite la mise en examen de Total qu’on attend depuis X temps. »

Frédéric Arrou, président de l’association des Sinistrés du 21 : « Il y aura toujours des adeptes de la théorie du complot pour dire pis que pendre des experts. Nous, on fait confiance à l’instruction. Mais de notre point de vue, il est indispensable que l’industriel soit mis en examen car, s’il ne s’était pas désintéressé de l’avenir d’une usine qu’il voulait bazarder, on n’en serait pas là. »

Béatrice Dillies

5 ans de procédure

Juin 2002 : mise en examen de 13 personnes, cadres, employés d’AZF ou de sous-traitants, pour « homicide et blessures involontaires par négligences, imprudences ou manquements aux obligations de sécurité ».

10 octobre : reconstitution sur le site. Les experts s’interrogent sur le mélange involontaire de 500 kg de dérivés chlorés (DCCNA) avec 300 tonnes de nitrate d’ammonium entreposé dans le hangar 221.

30 octobre : expertises à la SNPE : la thèse de « l’arc électrique » abandonnée.

Août : campagne d’essais sismiques sur le site.

5 septembre 2004 : rapport d’étape qui exclut tout attentat ou acte de malveillance.

8 juin 2005 : deux experts concluent à une explosion unique et réfutent la thèse d’une première explosion aérienne.

17 novembre : trois experts montrent qu’il y a eu une seule explosion au niveau du hangar 221.

Mars : le ministre de la Justice Pascal Clément annonce un procès pour le premier semestre 2007. La vérité enfin confirmée

C’était donc un accident ! Pour le lecteur de La Dépêche du Midi, la « révélation » passera pour une non-information. Dès le lundi 24 septembre 2001, trois jours après la catastrophe d’AZF, nous titrions à la Une sur « Le scandale ». Les premières constatations des enquêteurs et surtout des experts, ainsi que divers témoignages, nous permettaient de dénoncer les conditions dans lesquelles des substances chimiques étaient entreposées dans le tristement fameux hangar 221. La piste de l’accident apparaissait déjà comme la plus plausible. Et très vite, la thèse du mélange fortuit de nitrate d’ammonium et de chlore, deux matières hautement explosives lorsqu’elles sont en contact, est devenue plus que probable. Différents rapports d’étape sont venus, depuis, conforter ce qui était plus qu’une hypothèse. Sans pour autant que les autres conjectures aient été écartées ; contrairement à ce que prétendent inlassablement tous ceux qui refusent l’évidence et persistent à relancer régulièrement l’idée d’un attentat ou d’un phénomène électromagnétique. Ceux-là se sont engouffrés dans toutes les brèches offertes par la procédure pénale pour ralentir, en toute légalité, l’avancée du dossier, et, au passage, distiller le doute dans les esprits. Aujourd’hui, la vérité n’éclate pas, elle est confirmée. Qu’on ne s’y trompe pas, nous ne tirons aucune gloire à l’avoir révélé en son temps. Nous avons simplement fait notre métier ; même si on nous l’a assez reproché. Il faut espérer, maintenant, que le procès suivra rapidement. Ce procès que l’on doit aux 30 victimes et à leurs familles qui l’attendent depuis bientôt 5 ans.

Philippe Bernard

Réactions :

AZF : Pourquoi l’enquète a-t-elle été si longue... ?

L’explosion "accidentelle" de l’usine AZF a mobilisé un nombre de techniciens et d’experts assez important et venant de tous horizons (Police Nationale (police technique et scientifique - Police Judiciaire) , Assurances, Haut comité français pour la Défense civile etc... Parmis eux, des personnes spécialisées en chimie, en criminologie ou encore en Sécurité Industrielle. Alors pourquoi une commission d’enquête composée d’autant d’experts a-t-elle eu besoin de plus de 4 ans pour répondre aux questions des citoyens français ? Depuis ce jour, des milliers de toulousains ont dû se contenter de promesses veines et sont toujours en attente d’indemnisation. Alors maintenant que l’enquète permettant d’établir s’il s’agissait d’un accident ou non est bouclée, combien de temps faudra-t-il attendre encore pour savoir à qui incombe la responsabilité de cet "accident" ? (Courrier paru le 12/05/2006)

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