
Communiqué commun LDH / Syndicat des avocats de France (Saf) / Syndicat de la magistrature (SM)
Paris, le 26 septembre 2009
Le 1er septembre, six ouvriers de lusine CONTINENTAL de Clairoix ont été condamnés à des peines de 3 à 5 mois demprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Compiègne pour « destructions de biens dutilité publique en réunion ».
En avril dernier, apprenant que la fermeture de leur usine était confirmée par la justice, 200 salariés menacés de licenciement avaient exprimé leur désarroi dans les locaux de la sous-préfecture de Compiègne.
Tout le monde se souvient des images de cette colère spontanée qui a conduit à la dégradation de quelques biens mobiliers. Plutôt que de prendre conscience de lintensité de la détresse de ces salariés, le Premier ministre navait pas hésité à stigmatiser outrancièrement cette action en indiquant quelle était le fait dune « minorité très agissante et très violente » quil convenait de sanctionner sévèrement.
Le gouvernement nous avait pourtant habitués à une réelle mansuétude, tant pour les « patrons voyous » - en dépit de quelques effets de manche médiatiques - que pour les auteurs de véritables saccages appartenant il est vrai à son électorat traditionnel
Cette indignation à géométrie variable de la majorité au pouvoir est réellement insupportable, en ce quelle alimente la séparation sociale et la désespérance populaire.
Il est vrai que les idéologues de la « loi du marché » sont naturellement peu sensibles à linsécurité salariale et à ses effets dévastateurs.
Une fois de plus, cette approche dominante des rapports sociaux na pas manqué de se traduire par une instrumentalisation consentie de la justice. Comment analyser autrement le contenu surprenant des réquisitions du parquet suggérant de punir plus sévèrement les prévenus qui contestaient leur participation aux faits ? De même, comment ne pas sétonner de condamnations si sévères, prononcées par un juge unique nayant pas cru devoir - malgré la complexité de laffaire et limportance des enjeux - partager la réflexion judiciaire dans le cadre dune collégialité ? Tout se passe comme si cette juridiction solitaire, en parfaite harmonie avec lair du temps, avait anticipé le vote imminent de la loi Estrosi sur les bandes (résurgence aggravée de la loi anti-casseurs) qui prévoit rien moins quune responsabilité collective en matière pénale.
Le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France et la Ligue des droits de lHomme dénoncent ce nouvel épisode de la pénalisation du mouvement social et partagent lémoi des organisations syndicales et politiques qui ont marqué leur solidarité avec « les CONTI ».