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DEMAIN COMMENT ? LES VRAIES QUESTIONS
mercredi 25 avril 2007, par JACQUES RICHAUD
Un entre deux tours qui impose un positionnement urgent ; un avenir qui demande une analyse de l’expérience que nous venons de vivre.

DEMAIN COMMENT ? LES VRAIES QUESTIONS ( En réponse à Danielle Bleitrach )

L’unité est indispensable mais comment ? demande Danielle BLEITRACH dans son article du 24 avril 2007 : http://www.bellaciao.org/fr/article.php3 ?id_article=46960

Au lendemain du « premier tour » les positions passionnelles influencées par le dépit s’expriment partout, inévitablement. La période pose pourtant un DOUBLE IMPERATIF :

-  Il paraîtrait sage de recommander l’apaisement, pour que la raison seule inspire demain les analyses nécessaires. Nous savons déjà qu’elles déboucheront sur des remises en cause douloureuses pour beaucoup. « A chaud » c’est toujours la tentation de l’auto-justification qui domine et le responsable de l’échec est tout désigné... "les Autres..." comme dans la chanson d’Abdel Malik...

-  Mais l’échéance qui rend plausible l’accession au pouvoir dans dix jours du candidat le plus inquiétant que la France ait connu depuis 1944, ne permet pas de faire l’économie d’un positionnement en refus. Ce positionnement se doit d’être argumenté malgré tout, même si le débat ne sera pas clos au soir du deuxième tour, sombre ou très sombre qu’il soit.

Danielle Bleitrach met sa perspicacité sans complaisance et sa « militance » au service de ce questionnement d’urgence. Il nous faut le soutenir et le poursuivre :

-  Elle pose en premier la nécessité de n’épargner aucun effort pour tenter de battre Sarkozy.
-  Ensuite, en trois points elle ébauche la remise en cause des bases du rassemblement qu’il faudra bien reconstruire...

Mais le premier point et le second sont si intimement liés que l’argumentaire ne peut être dissocié entre ces impératifs annoncés. C’est cette réflexion que je propose de poursuivre :

-  Oui Danielle, total accord avec toi, battre Sarkozy d’abord par un vote sans illusion aucune pour Royal ! Cette évidence est loin d’être partagée par tous, il faut avoir la lucidité de le dire, en particulier chez ceux qui prétendaient hier encore s’exprimer au nom des « sans voix », mais dont beaucoup désavouent leur porte-parole José Bové qui au soir du scrutin, le 22 avril 2007, appelait lui aussi à voter Ségolène Royal (en complète conformité avec une des cent vingt cinq propositions des antilibéraux encore unis...). Le site « tousunisavecbové » publie la déclaration de José Bové, suivie de commentaires ou le désaveu du porte-parole est largement majoritaire ! Le 25 avril au matin, sur 42 commentaires annoncés, 27 seulement étaient « visibles », 14 ont donc été censurés. Sur les 27 commentaires mis en ligne 10 refusent expressément de voter contre Sarkozy et 4 seulement approuvent la position de José Bové ! Ce fait me semble d’importance capitale. Nous ne savons ni la teneur des messages censurés, ni la modalité de gestion de ce site qui révèle à cette occasion, oh combien ! l’immense ambiguïté de ce « rassemblement »...

Ensuite vient dans le texte de Danielle Bleitrach l’argumentaire en trois points sur les modalités de la recomposition de « l’unité ».

-  Tu as raison dans « analyse du NON du 29 mai 2005 » (point 1) de rappeler que c’était « un vote de classe ». Les études du scrutin ont révélé que moins de 10% des électeurs du « non » répondaient à une consigne de vote d’un groupe ou parti dont ils se seraient sentis proches. La très grande majorité avait « intériorisé » personnellement la gravité des enjeux contenus dans le projet de traité constitutionnel européen et le caractère inacceptable du projet de société inclus dans ces propositions. Tu as donc raison de dire que les collectifs antilibéraux se « sont inventés » un rôle moteur, même si ce rôle a été déterminant et très contributif pour la diffusion des analyses et l’organisation des meetings unitaires ; mais en s’illusionnant ensuite sur leur capacité à former un « cartel » dans lequel, comme tu l’observe, certains « ne représentaient rien ». Ce sont hélas pour une part ceux là qui ne « représentaient rien » qui ont contribué sinon à l’échec dont les responsabilités sont multiples, mais au dévoiement final de ce processus. Ceux là devant l’échec sont prêts à « déduire rageusement que les électeurs sont des petits bourgeois qui vivent trop bien », sans mesurer qu’ils appartiennent parfois eux-mêmes (pas tous) à cette catégorie. Ceux là alimentent désormais la prose « abstentionniste » ne mesurent pas la dramatique inconséquence de leur attitude. Le refus de « faire barrage à Sarkozy » au nom d’une prétendue pureté (c’est très alter-écolo la pureté) révèle dramatiquement la futilité quand ce n’est pas la lâcheté de leur démarche : Ils sont prêts à abandonner avant le deuxième tour les « sans voix », les plus vulnérables au nom desquels ils usurpaient hier une expression politique, pour les livrer dans un avenir immédiat à la « France d’après » du prétendant UMP. Le dépit seul peut-il inspirer cette « vengeance » malsaine contre un électorat de six millions de précaires qui n’aurait pas fait le bon choix de l’alter-candidat ?

-  Tu as raison encore de souligner (point 2) le « réductionnisme de la démarche » des collectifs qui a fait l’impasse sur l’anticapitalisme et l’anti-impérialisme. Il s’agissait sans doute de ne pas effrayer ceux des « alter » pour lesquels l’internationalisme a toujours été une furie trotskiste et l’anti-impérialisme un gauchisme dépassé, voire un islamo-gauchisme dans certains cercles de faux amis qui voulaient depuis longtemps faire chuter la composante la plus politisée et la plus lucide du mouvement altermondialiste, pour la ramener du côté de « l’axe du bien » et de la social démocratie...Cette gauche nouvelle existe, 100% acquise a des fondamentaux qui n’ignorent rien des leçons de l’histoire dont elle prétend bien ne pas reproduire les erreurs. Parce que lucide, cette gauche était perçue comme « la plus dangereuse » et devait être écartée des collectifs, sauf en rôle supplétif ce que certains ont mis du temps à comprendre. Ce phénomène est la résultante de vingt ans de décapage des cerveaux de gauche par une gauche plurielle version « light » pour laquelle l’antimarxisme était un fondement, la révolution n’étant plus au programme, la synthèse avec la social démocratie étant le débouché ultime de toute agitation intermittente...

-  Enfin tu as raison de conclure Danielle (point 3) que le rassemblement antilibéral « ne pouvait être que ce qu’il a été » et de rappeler que l’anticommunisme et l’antipartisme y ont fait des ravages dans les esprits alter-dévoyés de certains prétendants à une nouvelle notoriété. Ceux là ont inventé d’abord le plébiscite électronique, généralisé ensuite l’usage de l’anonymat ou du pseudo dans une alter-militance sur les forums de la schizo-démocratie ou l’invective était masquée et l’assurance à géométrie variable. Dans les commentaires évoqués ci dessus à la déclaration de José Bové 19 sur 27 sont anonymes ou signés d’un seul prénom non indicatif ! C’est pour quand le courage, camarade ? Ils ont aussi renoué avec la manipulation de masse transformant un appel à tenter d’obtenir le retrait des deux autres candidats en un mandat d’investiture du troisième, censurant sur leur site tous les textes interrogatifs à ce sujet. Dans cette manipulation les instigateurs se sont illusionnés eux-mêmes ; malgrès de multiples mises en garde qui provenaient souvent de leurs amis. Le plus grave est qu’ils ont aussi « illusionné » une génération de jeunes militants auxquels on faisait miroiter « la politique autrement » en affirmant que celle-ci devait nécessairement être anticommuniste et antiorganisation...

Nous pouvons nous interroger sur les sources de ce dévoiement qui ne résulte pas seulement de la « dépolitisation » des forces de gauche traditionnelle. Plusieurs leaders de ce mouvement sont des admirateurs de la théorisation de la « MULTITUDE » telle que décrite par l’ex camarade Antonio NEGRI. Après avoir longtemps incarné la gauche radicale italienne, jusqu’à payer de sa liberté (comme José Bové et plus longtemps que lui), « Tony » a mal vieilli (comme Michel Rocard) en décrétant la fin de la lutte des classes, préconisant le OUI au traité européen et en mettant ses espoirs, demain, dans l’émergence de la « multitude »...Son dernier ouvrage englobe, (après deux cent ans de socialisme visant à émanciper l’homme de la servitude du travail contraint et de l’exploitation), la revalorisation de la valeur travail « qui rend libre », exactement comme dans les programmes de Nicolas et Ségolène, ...fin de parcours et choix du titre édifiant « goodbye mister socialism ».

Hélas la multitude n’est que la somme des « ego », elle n’a jamais fait une organisation des solidarités collectives ; au contraire même l’individualisme est la vertu première attendue des dominants libéraux, chaque individu producteur-consommateur devant renoncer à sa citoyenneté. Même les associations consuméristes, souvent encouragées par le capital, ne recherchent que des compromis acceptables préservant les privilèges des possédants. La « multitude » de Tony existe t-elle ? Nous venons de vivre en dimension réelle au travers de la candidature « dite » antilibérale de José Bové, un test en grandeur nature de la validité ou de la non-validité des thèses de Tony Negri. La réponse est sans appel ! La multitude ne s’est pas reconnue dans le héros providentiel des sans voix, peut-être parce que cette multitude n’existe pas comme potentiel émancipateur, mais seulement comme classe opprimée...Ce test a été très utile car il participera à clore peut-être, une longue controverse entre les amis du Negri contemporain et les camarades du Negri d’hier. La vieillesse en politique peut aussi être un naufrage mais nous le savions déjà. L’expérience vient de nous démontrer l’invalidité de thèses qui ne visent qu’a prolonger l’asservissement des hommes en le légitimant, au profit du réformisme ou pire encore. Pire encore lorsque des alter-dévoyés réhabilitent l’abstentionnisme comme un renoncement à la démocratie elle-même du seul fait qu’ils ont perdu une bataille...

Pour conclure s’ouvre ici une interrogation immense qui n’est devenue possible que par le vide abyssal de la pensée qui la précède : La refondation de la gauche ? Que doit-elle incarner ?

-  Devons nous persévérer dans la promotion de courants nombrilistes post-bourgeois libéro-compatibles, associant des ego bien pensants ?

-   Ou cette « gauche en refondation » doit-elle ouvrir grand les yeux, dans et hors de nos frontières, pour porter regard sur « les damnés de la terre » qui n’ont jamais été aussi nombreux ? Au nord comme au sud, à l’est comme à l’ouest, l’humanité est malmenée, broyée parfois, par les empires économiques et guerriers. La gauche ? Quelle gauche ? Celle de tous ceux là, nécessairement.

Si nous acceptons ce dernier regard, le choix du « comment » ne souffre aucun amateurisme, même sympathique orné de coquelicots ou de roses. Il impose une forte, une très forte structuration de nos moyens de résistance et d’actions. Il impose une forte entreprise d’élaboration d’un projet humain émancipateur adapté aux réalités de notre temps, destiné au plus grand nombre, dépassant et de loin la trop peu ambitieuse démarche programmatique de nos « collectifs »...D’autres continents nous montrent des voies nouvelles possibles, à nous de réapprendre à militer ensemble pour le genre humain.

En attendant, demain dans le temps étroit concédé, nous choisirons notre adversaire en votant sans illusion pour éliminer le pire et préférer la « molitude » au « karcher ». Faire ce choix au résultat incertain, c’est d’abord dire à nos frères les plus vulnérables que nous ne les abandonnons pas, ce qui est la condition première de la crédibilité de la poursuite de nos engagements. Mais au troisième tour, social et inévitable, dans et hors de nos frontières, nous savons ne pouvoir compter que sur nos propres forces pour changer le monde.

Jacques RICHAUD 23 AVRIL 2007

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