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Discours de l’association PJCNina-CdP lors de la commémoration du 21 septembre 2007
samedi 22 septembre 2007, par PJCNina-CdP

Vendredi 21 septembre 2007

Depuis 6 ans nous nous retrouvons sur ce rond point pour commémorer la catastrophe du 21 septembre 2001, depuis 6 ans nous nous retrouvons dans la tristesse le recueillement et la compassion.

Nous sommes ici pour tenter au-delà de nos propres maux, de prendre part aux maux d’autrui. Mais, ironie de la justice, la mise en danger de la vie d’autrui, ce motif d’inculpation que nous réclamons, nous a été refusé par le juge d’instruction.

Alors, aujourd’hui la compassion sous l’œil professionnellement mi-clos des élus et des médias nous n’en voulons plus. Ces commémorations compassionnelles ne sont qu’un exutoire pour mieux étouffer les cris des familles des victimes, des blessés, des sinistrés et des associations. Le respect des victimes passe par une vraie reconnaissance des responsabilités, c’est cela que nous attendons de la justice.

Mais le procès auquel nous serons convié-e-s en 2008, ce procès, que nous redoutons tronqué, ce système judiciaire, que nous percevons soumis, seront-ils à la hauteur des vies perdues et brisées le 21 septembre 2001 ? Ce que nous savons déjà c’est que cette vérité, que nous avons sentie bâillonnée, l’est et le restera sans doute à jamais.

Après 6 ans d’enquête la montagne d’auditions accouche d’une souris, d’une souris informatique que l’on tient bien sous la main, et qui ne risque pas de prendre son indépendance.

La montagne d’argent versée par Total vaut certainement absolution pour les agissements passés... et peut être malheureusement pour des agissements présents et futurs. Les dirigeants des industries chimiques françaises pourront continuer à faire fonctionner en toute quiétude et au moindre coût leurs usines à risques, cela ne pourra pas leur être reproché. Cela ne le sera sans doute jamais. Ou si un jour on se décide enfin à leur demander des comptes, l’amende dérisoire sera tout au plus symbolique.

Gageons ici que le procès pour la galerie et les médias que l’on nous organise pour l’an prochain, se terminera par une peine pour la forme de quelques milliers d’euros. Quand on sait que le groupe Total réalise plus de vingt mille euros de bénéfice par minute, il y a fort à croire que l’amende pour la personne morale de Grande Paroisse, même si elle se situe au niveau maximum encouru par un tel délit, ne dépassera pas les deux minutes de ce bénéfice. L’amende ne paiera pas, et il s’en faut de beaucoup, ce que les agissements dilatoires du groupe ont coûté à l’impuissance publique chargée d’administrer ce que l’on nomme la justice.

Deux minutes de condamnation en regard de combien de peines, de souffrances, et de deuil pour les sinistrés ! Deux minutes de condamnation pour combien d’années de risques chimiques pris aux dépens des salariés et des riverains ! Deux minutes de condamnation pour combien de bénéfices engrangés !

Un abîme d’arrogance tient la sanction bien éloignée du méfait. Un océan d’injustice submerge les riverains et les sinistrés.

Il n’est pas inutile de relire « les animaux malades de la peste », cette fable de La Fontaine représente pour nous le symbole de la tragédie à venir. Trois siècles après son écriture les deux expressions « Haro sur le baudet », et « selon que vous serez puissants ou misérables les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » restent tragiquement d’actualité.

Ces deux maximes sont les grandes lignes de force de la tragi-comédie que pourrait être ce procès.

La loi du 30 juillet 2003 dite loi Bachelot avait déjà donné la trame des enseignements à tirer de l’explosion d’AZF :
-  1. les industriels, accompagnés des collectivités territoriales pourront désormais déménager les riverains trop exposés.
-  2. le nouveau mode de calcul des risques permettra de faire baisser la visibilité des risques.
-  3. la société civile dans son ensemble cotisera pour rembourser les dégâts d’un accident technologique.

Rien dans cette loi pour refréner l’ardeur au profit casse-cou qui se joue un peu partout dans les instances décisionnelles de l’industrie à risque.

Le verdict pourrait bien venir clore le carré parfait de la culture d’entreprise en montrant que l’on ne reprochera rien à un industriel qui fait prendre des risques à ses riverains.

Pessimistes oui, mais nous continueront à nous battre jusqu’à la date de ce procès pour qu’il ne soit pas cette tragi-comédie que nous redoutons mais bien un premier pas pour que plus jamais çà ni ici ni ailleurs.

Nous avions dans un premier temps imaginé jouer devant vous une farce théâtrale, symbole pour nous de ce que pourrait être la justice lorsque trop d’intérêts sont en jeu. Ce n’était peut être pas le lieu. Cette farce sera donc jouée ce soir au Bijou en première partie du concert d’ Eric Lareine, avant nous l’ espérons de tourner dans d’autres lieux. Nous ne nous tairons jamais devant l’inacceptable.

Nous vous remercions de votre présence.

ASSOCIATION « PLUS JAMAIS ÇA, NI ICI NI AILLEURS - CROIX DE PIERRE »

PJC Nina-Croix-de-Pierre - 105, avenue de Muret 31300 Toulouse

pjcnina.cdp@wanadoo.fr

http://www.truc.abri.org/Plus-jamais-Ca

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