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L’UNEF appelle à rejeter le TCE
vendredi 4 mars 2005
Bruno Julliard-Laudau, vice-président de l’UNEF, s’explique sur les raisons qui conduisent le syndicat étudiant à prendre position dans le débat et à appeler au « rejet » du projet de constitution européenne.

L’UNEF appelle au « rejet » du traité constitutionnel européen. Le rôle d’un syndicat étudiant est-il de prendre position sur un tel texte ?

Bruno Julliard-Laudau. Le débat sur la pertinence ou non de formuler un appel à voter a évidemment traversé l’UNEF. La position que nous avons finalement arrêtée est le fruit d’une analyse syndicale. Ce projet de constitution, s’il était adopté, aurait des conséquences concrètes et directes sur l’enseignement supérieur et sur la vie des étudiants. Il est donc du rôle du syndicat de prendre position. Par ailleurs, nous sommes un syndicat étudiant rassemblant plusieurs milliers de jeunes. Ce traité constitutionnel prétend donner une orientation à l’Union européenne au nom des jeunes qui, demain, feront l’Europe. À ce titre, il est légitime qu’une organisation de jeunesse prenne position, et que des jeunes s’expriment sur la vision qu’ils ont de l’Europe, sur ce qu’ils en attendent. C’est donc à la fois en tant que jeunes et en tant que syndicalistes que nous avons décidé de prendre position et d’appeler au refus de ce projet de constitution.

L’éducation ne relève pas en tant que telle de la compétence communautaire. Donc en quoi ce projet de constitution peut-il affecter les politiques de l’éducation et de l’enseignement supérieur ?

Bruno Julliard-Laudau. Le contenu de cette constitution est profondément libéral. Cette orientation est contraire à ce que nous attendons de l’Europe, en particulier en matière d’éducation. Lorsque, par exemple, le projet de constitution écarte la possibilité d’une convergence en matière sociale, il interdit l’harmonisation des statuts sociaux des étudiants en Europe. Ensuite, ceux qui prétendent que ce traité constitutionnel ne comporte que des avancées oublient que ce texte passe les services publics à la trappe au nom de « la concurrence libre et non faussée ». Cette question de l’avenir des services publics est centrale dans l’analyse que nous faisons de ce projet, qui vise en fait à achever le processus de démantèlement des services publics actuellement à l’oeuvre en Europe. Les établissements d’enseignement supérieur pourraient, demain, tomber sous le coup de ce principe de la concurrence libre et non faussée. Si c’était le cas, c’est l’ensemble du service public d’enseignement supérieur qui pourrait être remis en cause.

Vous dénoncez l’inclusion de la charte des droits fondamentaux dans le traité constitutionnel comme un « alibi social ». Pourtant cette charte reconnaît le droit à l’éducation...

Bruno Julliard-Laudau. Nous sommes évidemment favorables au principe d’une charte des droits fondamentaux. C’est le rôle de l’Europe de tirer vers le haut les droits fondamentaux et les droits sociaux. Le problème, c’est que cette charte se résume à une déclaration de bonnes intentions qui est de toutes façon rendue caduque par la partie III de la constitution, celle qui dicte les politiques libérales que devra mener l’Union. Oui, cette charte n’est finalement qu’une caution sociale pour faire passer le reste du projet.

Vous voulez mener une campagne d’information dans les universités. Quelle forme prendra-t-elle ?

Bruno Julliard-Laudau. Contribuer à la nécessaire information des étudiants sur le contenu de ce projet de constitution sera difficile : les citoyens doivent se prononcer sur un texte complexe, de plusieurs centaines de pages. Nous organiserons des débats contradictoires et mettrons à disposition des étudiants des documents afin qu’ils puissent se forger une opinion. Puis, dans les semaines qui précéderont le référendum, nous entrerons dans une phase de campagne active, en portant à la connaissance des étudiants notre propre analyse du projet, en expliquant pourquoi, de notre point de vue, il est de l’intérêt des étudiants de refuser cette constitution.

Entretien réalisé par

Rosa Moussaoui

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