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L’imposture politique
mardi 12 avril 2005, par fred

L’imposture politique

le 12 avril 2005

Non seulement, la Constitution Européenne proposée s’avère être une imposture politique suivant l’analyse juridique de Serge REGOURD, professeur de droit à l’Université de Toulouse 1, mais le débat qui accompagne la campagne sur le texte en est une également, tant les sujets de fond que pose l’adoption de ce texte sont soigneusement évités par la plupart des partisans du oui, PS/UDF et UMP confondus .

En effet, le contenu libéral du projet n’est pratiquement jamais abordé alors que le paragraphe III constitue les ¾ des articles et que l’ensemble du projet est soumis à ce principe directeur. Olivier DUHAMEL a même occulté sa diffusion dans le petit livre qu’il a publié et qui est censé nous expliquer le texte sur lequel nous sommes appelés à nous prononcer le 29 mai. Pourtant, nous en prenons pour 40 à 50 ans selon la plupart des hommes politiques ! En effet, se sont les règles de l’unanimité qui s’appliquent pour sa modification. Autant dire jamais !

Les partisans du oui avancent l’argument que « le texte ne reprend que les textes existant »[...] en y rajoutant « des avancées sur le plan social ... et démocratique »... C’est pour cela, selon P.MOSCOVICI (Ripostes du 3 04 05 - France 5) que le Parti Socialiste Français appelle à voter oui au texte. En effet, le paragraphe III reprend les traités de ROME, de NICE etc... Mais on nous demande là de les institutionnaliser en principe organisationnel et fondateur de nos sociétés... La différence est de taille !

La libre concurrence entre entreprise, entre pays, entre salariés, consommateurs et citoyens devient la règle érigée par la Constitution. Auparavent il (ne)s’agissait [que ] d’un marché commun (CEE), puis d’un espace de libre circulation et de libre échange (espace Shengen). Maintenant on nous demande d’ériger le principe de libre concurrence en principe de société (à ne pas géner ni entraver même en tant de guerre est il même précisé). C’est à dire qu’il simpose à tout Européen. Comment croire que nous allons sauter les deux pieds là dedans ? Alors ils organisent la mascarade et nous parlent d’autres évènements qui font l’actualité ou essaient de nous endormir en nous disant que ce projet constitutionnel et les directives européennes en débat actuellement, ainsi que la politique intérieure, n’ont seulement rien à voir entre elles, mais que de toute façon, rien ne changera. M.BOLKESTEIN a passé la semaine dernière à nous expliquer sur les chaines TV et les ondes radio françaises que sa directive ne changera rien ... Alors pourquoi proposer une directive ou un projet qui ne sert à rien ! L’imposture est manifeste. Il faut arrêter de prendre les gens pour des imbéciles !

Pour vous en convaincre, je vous invite à lire les articles publiés sur le site de l’appel des 200 (www.appeldes200.net) et par exemple l’article de Michel SOUDAIS, journaliste à Politis, intitulé : La constitution passée au crible.

Il est important de noter que les trois institutions fondamentales de l’Europe : la commission, la cour de justice restent des institutions non démocratiques ! C’est ça le sens du projet politique de l’Europe, souligne Max GALLO dans RIPOSTES du 3 avril 2005... Où sont les avancées sur la technocratie et les gains de démocratie ? Sur le plan de la démocratie directe il y a le fameux droit de pétition a souligné Pierre MOSCOVICI dans l’émission d’Arlette CHABEAU sur F2 le lundi 11 avril 2005. Ceci est à proprement parler un effet d’annonce : Les pétitionnaires n’auront qu’un avis consultatif ! Autant dire, sauf manipulation, aucun pouvoir d’obtenir gain de cause ! On peut tout au moins y croire... c’est le niveau d’engagement du texte en faveur de la démocratie. Rien n’est proposé, en matière de réforme, quant au développement de la démocratie participative par exemple.

On parle aussi d’avancées en matière de droit de grève dans le texte proposé au vote des français le 29 mai 2005. Il légalise le lock out2. C’est vrai que c’est une pratique de certains patrons mais elle reste pour l’instant illégale en France. Ce texte organise le dumping social en matière de santé par exemple et favorise les applications des directives telles que celle de M.BOLKESTEIN que l’on n’ose à peine nommer actuellement de peur d’être traité de raciste tant le climat médiatique est focalisé (un temps) sur les petites histoires plutot que sur le fond. En attendant ses idées avancent tout en nous démontrant à la manière d’un Wolfovitz et des ses Falcons, que sa directive ne changera rien en France. « C’est [bien] un débat franco français » se plait-il à rajouter à la question des journalistes... Alors pourquoi proposer une directive si elle ne change rien ?

Comment voter un texte qui entérine les régressions sociales opérées par la droite depuis 4 ans en France et qui permet de faire pire du seul fait, nous a-t-on expliqué en filigrane, qu’il devait s’adapter à tous les niveaux des pays de l’Union.

J’aurais préféré un texte plus ambitieux sur les perspectives politiques et sociales de l’union, qui fixe des objectifs à atteidre ensemble, plutot que du plus petit dénominateur commun que vous proposez là, et qui illustre bien la teneur des négociations qui se sont opérées lors de sa conception, période pendant laquelle les médias nont pas montré la même ferveur, ignorant pratiquement l’évènement.

On apprend pourtant que le terme Social a été rajouté à l’économie de marché pour donner au final l’ économie sociale de marché... Ceci permettant aux uns de camoufler [un peu] la doctrine libérale du texte, les autres d’y trouver la persperctive d’un Social libéralisme, illustré parfaitement pour le coup chez nous, par la pratique du dialogue social du Gouvernement Raffarin. Comment ne pas lier le contenu du projet constitutionnel à la politique intérieure et par là se faire aussi l’écho du mécontentement social en votant NON à ce texte d’inspiration purement libérale ! C’est aussi sanctionner la dérive libérale déjà amorçée depuis longtemps que vous nous proposez de Constitutionnaliser pour l’Europe ; tout en nous disant... Mais ça ne changera rien ! Comment imaginer l’existence de services publics, ne serait ce qu’en France, s’ils ne sont pas reconnus par le texte que nous aurions nous même signés ?

Je ne sais pas pour l’instant si l’Europe doit être fédérale, comme nous le propose M. Olivier DUHAMEL, ou pas. Mais je ne veux pas de cette fédération là ! Je pense qu’à travers nos régions et nos différents pays nous pourrons bâtir ensemble une Europe des échanges équitables par exemple, en tout cas une Europe que nous souhaitons celle des peuples dans leur diversité alliés dans et pour le progrès social. C’est là que la Politique intervient, afin de décliner de manière responsable ses méthodes pour y contribuer.

Il faut dire NON à ces directives qui favorisent le dumping social, à cette organisation de l’Europe qui rajoute le dumpig fiscal et qui empêche toute politique industrielle et de relance par la consommation par exemple. Du simple fait de l’indépendance, en tout cas sur le plan démocratique, de la Banque Centrale Européenne, cette Europe favorise le pouvoir des dirigeants au détriment des travailleurs (en matière de salaire par exemple), des retraités, des citoyens les plus pauvres et des classes moyennes. Cette Europe favorise les échanges de capitaux et leurs actionnaires au détriment des salariés ! Le travail doit cesser d’être la variable d’ajustement du capitalisme ! Prononcons nous clairement le 29 mai 2005 pour dire NON à ce texte qui nous propose d’entrer en compétition avec les salariés chinois et les capitaux Américains ! Batissons une Europe sur nos valeurs démocratiques. une Europe singulière correspondant à notre histoire, utilisant la diversité culturelle et environnementale des nos régions, en considérant et en soumettant aux peuples « le meilleur » du modèle sociétal de chacun. Là est la seule véritable perspective politique d’une constitution Européenne

Aménageons nous ensemble, en connaissance de cause, une société à échelle humaine qui nous permette à nous tous d’être pris en compte au rang de « personne à part entière », c’est à dire « être et demeurer une personne autonome sur le plan financier, sanitaire et affectif ».

Lorsque la Constitution me garantira ce minimum existentiel, je voterai pour elle.

ff.

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