
Paris, le jeudi 4 septembre 2008 - Le collectif « Non à Edvige » se rassemblera à Paris, le 9 septembre prochain. Face au tollé que suscite depuis le début de l’été la création par décret de ce fichier informatique de renseignement dont le doux acronyme signifie « Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale », il ne serait guère surprenant que plusieurs personnalités politiques participent à cette conférence. De façon plus anonyme, les représentants de plusieurs associations proches du monde de la santé sont également attendus.
Séropositifs, paralysés, victimes de saturnisme et psychologues...
Quelque 700 organisations sont aujourd’hui membres du collectif « Non à Edvige » et signataires d’une pétition demandant le retrait du décret autorisant la mise en place de ce dispositif, qui permettra de récolter de très larges informations (de l’immatriculation de la voiture au nom des proches) sur toute « personne physique morale ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui joue un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». Parmi elles figurent de nombreuses associations de lutte contre le Sida, d’Act-up à Aides en passant par Elus locaux contre le Sida, Sida Info Service, le Sidaction et plusieurs autres organisations. Au côté de ces dernières, on signalera la présence parmi les signataires de plusieurs associations apportant une aide sanitaire aux personnes en situation de grande précarité. Par ailleurs, on retrouve, ce qui est plus surprenant, l’Association française des paralysés de France et l’Association des familles victimes du saturnisme. Il apparaît en outre que dans plusieurs centres hospitaliers, et notamment dans les CHU de Nîmes et de Limoges, les syndicats traditionnels se soient associés à ce mouvement (CFDT, CGT, Sud), tandis que le Syndicat de la médecine générale (SMG) et le Syndicat national des médecins de PMI (SNMPI) les ont imités. Enfin, plusieurs syndicats de psychologues et l’Union syndicale de la psychiatrie ont rejoint à leur tour le collectif. Plusieurs de ces groupes ont évoqué ces dernières semaines dans les journaux les motifs de leur participation à ce mouvement.
Une sécurité non garantie ?
Les associations de lutte contre le Sida ont multiplié les déclarations, mais l’Association des paralysés de France (AFP) aura également tenu à manifester sa position. Elle a ainsi publié un communiqué dénonçant un « fichage » qui « met de fait en cause toutes les personnes qui aujourd’hui sont investies pour défendre des idées, des droits, des personnes ». Le refus de voir les membres d’une association, quelle qu’elle soit, être potentiellement inscrits dans ce fichier anime la plupart des organisations proches de la santé. La crainte de la mention des orientations sexuelles et de l’état de santé des personnes « fichées » est également encore présente, même si les revendications exprimées avant l’été ont permis que le décret du 1er juillet précise que ces informations ne seront recueillies « qu’à titre exceptionnel ». Bruno Spire, président d’Aides estime pour sa part toujours que : « Ce fichier menace le secret médical, alors que nous rencontrons tous les jours des personnes qui ont perdu leur travail ou leur assurance en raison de leur séropositivité ». Cette inquiétude est d’autant plus vive qu’en dépit des réticences de la Commission nationale informatique et liberté, Edvige conservera à vie et non pendant une durée limitée les informations qu’il détient sur nos concitoyens. Par ailleurs, le niveau de sécurité du fichier est mal connu, le décret n’évoquant que très succinctement le système de traçabilité employé.
Cristina plus dangereuse qu’Edvige ?
L’inquiétude d’une très grande partie du monde associatif, syndical et politique français ne se manifeste-t-elle cependant pas un peu tard et choisit-elle bien sa cible ? Pour Jean-Marc Fédida, avocat pénaliste, dont les propos ont été recueillis ce 4 septembre par Libération : « Edvige est un copier-coller du décret de 1991 sur le fichier des Renseignements généraux. C’est nouveau, mais pour les amnésiques ». Le spécialiste estime en outre que l’un des premiers reproches que l’on peut faire au texte est sa très mauvaise rédaction. « Son rédacteur a confondu un fichier judiciaire avec un fichier de renseignement, qui porte sur des possibilités ». On soulignera par ailleurs que si Edvige a fait l’objet d’un décret publié au Journal officiel, le nouvel outil de renseignement Cristina (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux) reste pour sa part totalement mystérieux.
A.H.
Copyright © http://www.jim.fr