
Je signe de façon lucide tout d’abord, en ne donnant pas un pouvoir extraordinaire à un accord : à mes yeux, aucun accord, aucun programme « commun », aucune alliance, etc., ne saurait nous immunisé contre les trahisons, les compromis foireux, les abandons politiques que sont toujours prêts à faire certain(e)s. La seule garantie contre les trahisons est dans la mobilisation. C’est sachant cela que je signe.
Je signe donc car je crois indispensable que s’affirme un pôle antilibéral aux élections afin de renforcer la légitimité des mobilisations sociales à venir ; c’est la raison fondamentale de mon engagement.
Car, Sans le dire, autour des ces questions électorales, se croisent encore une fois toutes les questions de stratégie de conquête du pouvoir. De quoi s’agit-il dès lors ? De croire qu’un changement de société est possible par les urnes ? Je n’y ai jamais vraiment cru et n’y croit toujours pas d’avantage.
Par contre sans prétendre faire un bilan exhaustif du passé ou une critique amère des générations qui ont voulu que « le monde change de bases », je fais aussi une autre lecture des enjeux de cette échéance électorale, en regardant dans le rétroviseur.
Les forces progressistes ouvrières (certains parlaient d’"avant-garde "), le courant socialiste révolutionnaire (traduirai-je volontiers) au sens large du terme qui nous a permis d’avoir durant quelques décennies des conquêtes sociales importantes dans notre pays (ainsi que dans la plupart des pays d’Europe) a joué subtilement dans des rapports de force mondiaux entre bourgeoisie et classe ouvrière qui étaient nettement plus favorables que ceux que nous connaissons maintenant. Ces forces s’étaient forgées leurs armes dans l’épreuve de deux guerres, quelques révolutions (l’air de rien) etc. .. Ce n’est tout de même pas rien Mon propos n’est pas de pleurer sur le passé ou d’imaginer que l’objectif serait hors de portée mais de faire remarquer que la défaite du communisme joue un rôle prédominant dans la situation politique aujourd’hui. Les salarié(e)s ne croient pas ou plus dans la possibilité de gérer les sociétés humaines autrement que ce que propose le capitalisme. Cela relève presque de la psychologie la plus élémentaire qui soit. Certes les mécanismes de l’oppression, de l’exploitation sont les fondements même de ce sentiment mais ce qui plombe sérieusement les velléités de "faire autrement" est aussi à chercher dans l’échec cuisant du communisme réel. Nous devrons donc dépasser cela ; je dis bien nous car ce bilan est aussi le mien.
Nous pouvons être sûr d’ailleurs à l’avenir que face à tout mouvement d’émancipation d’un peuple ou prémisses révolutionnaires dans un pays quelqu’il soit, les impérialistes libéraux sauront, à chaque fois, utiliser le repoussoir qu’a été le communisme réellement existant.
Donc, au regard de l’échéance électorale qui approche, l’important est de gagner une bataille psychologique importante pour conforter les résistances . La bourgeoisie joue aussi au poker. Car, à mon avis, ce qui importe aux yeux des bourgeois, c’est de s’assurer à moindre frais de la soumission de la classe salariée. Je dis bien au moindre frais ; la criminalisation en cours de toute contestation sociale est un prix qu’elle est prête à payer. Mais si par ailleurs elle peut s’assurer d’ôter tout espoir de changement à la classe laborieuse, et bien elle ne va pas s’en priver... !!!
Alors pour moi, le premier tour aura tout autant d’importance que le second. Car celui-ci permettra d’affirmer un pôle de résistance, les contours flous d’un nouveau courant (pour ne pas dire parti) politique clairement anti-libéral. Pour mener à bien le projet « d’un autre monde », l’expression politique d’un tel courant est indispensable, il renforcera la légitimité de nos combats quotidiens et de nos luttes.
C’est pour cette raison que j’ai signé... ... en toute lucidité !
Gilles ORY