
Ainsi que vous le relatez dans votre livre : « Mais qu’est- ce qu’on va faire de toi ? » Vous avez été depuis votre adolescence sensibilisé aux problèmes des « enfants dits difficiles ». Vous-même avez connu de grandes difficultés scolaires et avez dû, écrivez-vous, vous « arracher au sentiment d’échec qui aurait pu briser votre vie ».
Depuis 1985, vous vous rendez régulièrement dans certaines prisons françaises à la demande de leur directeur et vous entretenez des relations épistolaires avec certains détenus. Vous déclarez dans votre ouvrage : « Les prisons françaises, c’est de notoriété publique, sont parmi les plus insalubres d’Europe. Les conditions scandaleuses de détention, conséquence entre autres de la surpopulation carcérale, font que la plupart de ces condamnés n’ont aucune chance de sortir meilleurs qu’ils ne l’étaient en y entrant ».
Nous sommes d’accord avec votre analyse mais nous pensons qu’une prison même humanisée amplifie l’exclusion sociale et fabrique de la violence. Notre expérience de professionnels au contact quotidien avec des adolescents qui séjournent où ont séjourné en prison, et l’E.P.M est une prison, nous amène à condamner cette mise à l’écart d’une partie de la jeunesse, le plus souvent issue de milieux populaires.
La prison, ce n’est plus à démontrer est facteur de récidive, et développe en son sein le caïdat, la violence et tout un système de réponses répressives pour y faire face. l’E.P.M n’échappe malheureusement pas à la règle et tente de faire accroire que l’enfermement (avec salle de musculation, gymnase, terrain de foot, salle de cinéma... même Drucker y vient en visite...) peut résoudre la crise profonde que traverse notre société et dont la jeunesse, « classe dangereuse », fait les frais avec d’autres catégories sociales. Les personnels qui travaillent auprès de ces jeunes, en particulier les éducateurs, qui sont également de jeunes professionnels, deviennent l’instrument de la logique sécuritaire et de contention qui prévaut en milieu carcéral. Peut-être bien qu’ils se disent : « Que faites-vous de nous ? »
Certains soirs, les cris, les lamentations, les pleurs, les invectives des enfants incarcérés s’échappent des « hauts murs » et viennent déranger la quiétude du voisinage. C’est la plainte des « mauvais garçons » qui semblent nous dire : « Que faites-vous de nous ? »
. Nous joignons à cette lettre un argumentaire qui complètera les raisons que nous avons de vouloir voir fermer au plus tôt les prisons pour mineurs.
Collectif Toulouse Libertés le 13 juin 2008