La position de Plus Jamais Ça, Ni ici ni ailleurs Croix de Pierre (PJC) à propos de l’explosion d’AZF le 21 septembre 2001.
PJC s’est abstenu volontairement d’intervenir dans la question de la vraisemblance chimique de l’expertise judiciaire. En effet, les membres de PJC ne sont pas chimistes, et ce ne sont pas les suites de l’explosion du 21 septembre 2001 qui ont pu allumer en nous un appétit pour cette activité.
Malgré cela, nous persistons dans notre confiance en la thèse officielle exposée par le collège des experts judiciaires, pour la bonne et simple raison que ni l’avocat de Total ni l’association des anciens salariés, ni toutes les thèses les plus répandues sur internet n’ont une meilleure vraisemblance que celle proposée par les experts de l’enquête officielle. Plus précisément :
1) Le rapport des experts judiciaires est cohérent avec :
1. Le rapport Barthélémy diligenté par cinq experts dans les quatre semaines qui ont suivi l’explosion.
2. Le rapport de l’enquête parlementaire réalisé par la représentation nationale dans les deux mois qui ont suivi l’explosion.
3. Le rapport du cabinet CIDECOS, cabinet proche de la CGT qui avait été appelé par la commission d’enquête interne de l’entreprise.
4. Le rapport de l’inspection du travail
2) Depuis 7 ans le groupe Total a largement eu le temps de démontrer une autre thèse au cas où la thèse officielle ne serait pas valide. Il nous semble difficile de croire en effet, que Total a manqué de temps, d’argent ou de compétences techniques pour construire une thèse solide lors d’une contre-enquête. Faut-il rappeler que les bénéfices seuls de Total chaque année équivalent à deux fois le budget du ministère de la justice et que le groupe affiche plus de 112 000 collaborateurs dont beaucoup sont des chimistes ? (Ce qui ne l’a d’ailleurs pas empêché d’épuiser les faibles ressources du ministère de la justice en emmenant l’enquête dans des dédales de thèses abracadabrantesques.) L’avocat du groupe, comme l’association des anciens salariés répète aujourd’hui encore et toujours de façon incantatoire « la vérité n’a pas été trouvée », sans pour autant produire le moindre raisonnement logique qui pourrait être une alternative à la thèse officielle.
3) La thèse de l’attentat, appelée « cause étrangère », explicitement ou implicitement soutenue par l’avocat de Total et l’association d’anciens salariés d’AZF a contre elle de n’être pas du tout en phase avec le réel.
1. Si 10 jours après l’attentat du World Trade Center, on pouvait à la limite croire à une offensive du terrorisme international, en pensant qu’AZF pouvait être une cible stratégiquement situé juste après la Maison Blanche ou le Pentagone, sept ans après, ce raisonnement n’a plus aucune vraisemblance. Toulouse et son industrie chimique toujours en activité reste une zone tout à fait secondaire, voire inconnue des terroristes. Le caractère stratégique du site d’AZF dans les projets du terrorisme donc reste à ce jour invraisemblable.
2. Les acteurs du terrorisme international ne sont pas des bricoleurs et le 11 septembre l’a clairement démontré. Le terrorisme est une entreprise aussi, et une entreprise qui cherche également à réduire le risque d’échec et les aléas. Des terroristes qui seraient aller faire exploser le tas de rebuts du hangar 221, matières dont les qualités pyrotechniques étaient difficiles à connaître pour cause d’une absence totale de précautions lors du stockage, d’une gestion aléatoire des brassages et mélanges à la pelle mécanique, d’une exposition importante aux variations climatiques, le tout sans aucune traçabilité, alors qu’à quelques mètres du hangar 221 se trouvait un stock de mille cinq cent tonnes de bel ammonitrate propre, prêt à l’expédition, et de qualité pyrotechnique fiable, relèveraient de l’amateurisme le plus stupide et le plus naïf. On peut noter que d’autre part, très près de là étaient arrêtés sur la voie ferrée trois wagons de cinquante six tonnes de chlore, dont la ruine instantanée aurait tué des dizaines de milliers de Toulousains, ainsi que la cuve de cinq mille tonnes d’ammoniac, située au sud de l’usine qui pouvait, si elle explosait, réduire l’agglomération entière de Toulouse en cendres. Il n’y a donc aucun raisonnement logique qui étaie le choix par des terroristes du hangar 221.
3. Les suggestions issus des différents témoignages mis en avant par l’avocat de Total comme par l’association des anciens salariés d’AZF, font beaucoup appel à de la science fiction, ou à des innovations technologiques dont le temps encore une fois n’a pas démontré l’existence. Le soutien accumulé à ces différentes « hypothèses », comportant toutes une part d’irrationnel ou d’invérifiable, au fil des sept dernières années, décrédibilise chaque jour un peu plus, toute nouvelle proposition venant des mêmes origines qui n’aurait pas une solide assise logique.
4. Depuis le début de l’enquête, il y a pour nous une grande indécence : un cabinet d’avocat très médiatique défend conjointement la pyramide des entreprises et les salariés mis en examen. La loi française coupe toute responsabilité de l’entreprise mère (Total) envers les actes de sa filiale (Grande Paroisse), les liens de cause à effets ne sont donc pas recherchés. L’entreprise Total, tête du groupe, toujours pas mise en cause, est défendue par le cabinet d’avocat qui conseille les salariés de sa filiale mis en examen. Est-ce cette collaboration qui explique que depuis plus de sept ans l’association des anciens salariés a accompagné sur presque tous les sujets les discours de la direction de l’entreprise et du groupe ? Une telle situation est probablement légale, mais pour autant sa survenue dans cette enquête techniquement difficile n’est-elle pas une difficulté supplémentaire ?
Au final, il nous semble que les tenants d’une thèse faisant la part belle à une « cause étrangère à l’entreprise » ne nous ont rien proposé jusqu’à maintenant qui soit rigoureux et scientifique, et il s’en faut de beaucoup. Pour nous, « l’organisation de la production reste la mère de la fiabilité ». Et la course obsessionnelle aux profits n’a pas beaucoup de considération pour la sécurité dans l’organisation de la production.
La dénonciation des défaillances organisationnelles de la sécurité, pointées par les nombreux rapports rappelés en début de ce communiqué et motivées par la course aux profits, dans l’explosion du 21 septembre, reste donc pour nous parfaitement justifiée.
Nous souhaitons donc que Total aille au tribunal.
Plus Jamais Ça, Ni ici ni ailleurs Croix de Pierre Toulouse, le 5 janvier 2009