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L ‘ Aïd et les barbares
mercredi 3 janvier 2007, par JACQUES RICHAUD
L’Aïd est bien plus qu’une fête musulmane, c’est un acte fondateur du respect de la vie humaine. La pendaison de Sadam Hussein en ce jour révèle la vraie nature de ses bourreaux et désigne trés précisemment ce que ceux-ci ne respectent pas.

L’Aïd est bien plus qu’une fête musulmane ; et la pendaison de Sadam Hussein en ce jour révèle la vraie nature de ses bourreaux.

C’est donc ce matin de la « Fête du sacrifice », L’Aïd el-Kebir, la « grande fête » îdal kabîr qui a été choisi pour pendre le vaincu de Bagdad, livré par ses anciens alliés et geôliers US au gouvernement mis en place par l’occupant. Même l’athée le plus farouche peut être révolté par la mort ainsi donnée et le choix de la date qui est une injure à toutes les spiritualités, religieuses ou laïques. Ce choix est une signature barbare qui restera l’acte signifiant le plus odieux de cette invasion-occupation-destruction d’une terre et d’un peuple qui n’aspire qu’a la paix et devait commémorer ce même jour, une des plus belles pages de la pensée universelle, l’Aïd...

Par cet acte et par ce choix a été signifié très exactement ce que les auteurs ne respectaient pas, le monde s’en souviendra.

DE QUELLE PAGE UNIVERSELLE PARLONS-NOUS ?

Rappelons et transposons dans notre temps humain ce que fut, rapporté par la légende puis transcrit par les trois « religions du Livre » cet épisode de la transformation de la relation de l’homme avec celui qu’il pensait être son créateur :
-  C’est le patriarche Abraham qui croyant devoir répondre à une injonction divine s’apprêtait à sacrifier son fils aîné Ismaël, ou Isaac selon la tradition évoquée...Mais le geste fut interrompu par la révélation de la valeur suprême de la vie humaine et une brebis fut substituée au fils pour être égorgée à sa place...
-  Cette légende que certains veulent parabole est inscrite pour toujours dans la mémoire de l’humanité, non seulement celle des trois monothéismes qui s’y referent, mais aussi comme un acte fondateur du respect de la vie humaine.

Nul doute que dans des âges plus anciens le prix de la vie humaine fut dérisoire. Nul doute que lorsque l’homme pour guérir ses peurs s’inventa des Dieux, il songea à leur offrir parfois pour s’attirer leur bienveillance, ce qu’il avait de plus cher, la vie même de ses proches. Nul doute que ces rites païens ou religieux dévoyés d’offrande sanglante au Dieu aient pu continuer bien au-delà de la soumission d’Abraham, à inspirer encore les tenants des trois religions du Livre, oublieux du message principal de respect de la Vie ; oublieux jusqu’à guerroyer sans fin au nom du Christ, d’Allah ou de Yahvé...

Pourtant ce jour là ce ne fut pas seulement la vie d’Ismaël ou d’Isaac qui fut en cause , ce fut l’avenir de l’humanité, croyante ou pas en une transcendance divine :
-  Le croyant sut, enfin, que sa foi était seconde par rapport au respect de la Vie humaine.
-  L’incroyant pu percevoir qu’il existait quelque chose de « sacré » dans toute vie, que la raison seule suffisait à reconnaître et qu’il convenait de respecter, comme une altérité laïque consacrée de façon irréductible.
-  D’autres cultures et religions, orientales ou indiennes nord-américaines, avaient inscrit depuis le fond des temps dans leur antique conception du monde ce respect de toute vie qu’il fallut chez nous reconquérir.

AVEC OU SANS L’AID...

Dés ce jour de l’Aïd l’un ou l’autre, celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas, avait trouvé le langage commun possible de l’altérité reconnue et du respect infini des hommes. L’Aïd est aussi le pacte laïque absolu qui lie les hommes, tous les hommes entre eux.
-  Sans l’Aïd, pas de commandement « tu ne tueras point ». Sans l’Aïd pas de Droits de l’Homme, pas de condamnation de la torture ou de la peine de mort. Sans l’Aïd pas de jugement des crimes. Sans l’Aïd l’âge barbare aurait perduré indéfiniment et les fanatismes religieux auraient conservé leurs fondements..
-  Avec l’Aïd tous ceux qui trahissent l’injonction de respect de la Vie se ramènent eux-mêmes à leur condition barbare. Avec l’Aïd nul ne peut se prévaloir « de Dieu » pour perpétrer quelque crime que ce soit, au nom du bien, de la morale ou du djihad également.

Avec l’Aïd la paix est possible ; sans l’Aïd la haine est certaine ; celle qui attise le « choc des civilisations », celle qui fonde l’arrogance de tous les occupants envers les occupés, celle qui croit donner droit aux soldats de l’Empire ou de Tsahal, ou aux martyres autoproclamés, de laver dans le sang leur orgueil, leur volonté de domination, leur frustration ou seulement leur ignorance. Sans l’Aïd les Guerres Saintes, Hiroshima et Auschwitz sont possibles. Sans l’Aïd de Santiago jusqu’au Rwanda, d’Oradour sur Glane à Sabra et Chatilla et à Beith Anoun, la vie ne vaut rien. Sans l’Aïd la loi du talion centuplée permet en représailles à l’enlèvement de deux soldats en uniforme l’assassinat de plus de mille libanais dont plus de trois cent enfants, trois cent Ismaël sacrifiés à la folie des barbares...Sans l’Aïd les tapis de bombes peuvent broyer femmes et enfants et les bombardiers sont bénis par les prédicateurs de l’Empire.

Sans l’Aïd le pire est probable car ce n’est pas Dieu qui retient, jamais, la main du tueur, c’est sa raison propre et sa fibre d’humanité éclairée par le seul regard porté sur l’Autre. Avec l’Aïd celui qui croit comme celui qui ne croit pas sait que l’humain ne peut, ne doit pas être sacrifié, même au nom d’une foi ou d’une idéologie.

AU DELA DE L’AID

Au-delà de l’Aïd, comme le rappellent sans cesse les savants musulmans il convient de ne pas trahir le message par un littéralisme étroit et de ne pas oublier que le texte ne fait que « recommander » le « sacrifice » du mouton, qui n’est nullement une obligation et auquel peut se substituer, pour préserver aussi la vie animale, le don d’argent ou de nourriture aux pauvres.

Car nous ignorons trop que cette fête de l’Aïd est destinée au partage et que sur trois parts deux parts égales doivent être préservées pour « l’entourage » mais aussi pour les pauvres qui « ont ce droit sur nous » de recevoir une partie de nos richesses. Avec l’Aïd le nécessiteux n’est pas seulement le proche ou le frère en religion, c’est l’humain quelle que soit son origine ou sa croyance. Avec l’Aïd les mots solidarité et partage prennent un sens assez fort pour délégitimer tous les intégrismes laïques et confondre toutes les haines « rédékériennes » de ceux qui veulent diaboliser l’une ou l’autre, ou toutes les religions, pour masquer souvent la vacuité de leur propre sens moral et légitimer parfois leurs projets criminels.

Avec l’Aïd la haine devient inhumaine et le seul djihad qui vaille est le combat de chacun contre ses propres pulsions malveillantes. Sans l’Aïd le pire redevient sans entrave.

EN CONCLUSION

Lorsque les décideurs galonnés ont livré un homme reconnu criminel à la corde pour être exécuté ce matin de l’Aïd, un trente décembre 2006 ; ils ont signé l’aveu de leur immense ignorance et de leur inhumanité totale. Ils ont signifié très exactement ce qu’ils ne respectaient pas et rejoint les rites d’une barbarie que d’autres hommes, les plus nombreux, tentent de contenir depuis trois millénaires... Ce sont ceux-là qui vaincront, avec ou sans l’aide de leur Dieu, nécessairement.

JACQUES RICHAUD 31 12 2006

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