
« Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni lune ni lautre ». Thomas Jefferson
Le Parlement sapprête à examiner un projet de loi visant à instaurer une « rétention de sûreté » qui permettra, après lexécution de la peine de prison, de prolonger - sans limitation de durée, sans peine et sans infraction - lenfermement des personnes considérées comme dune « particulière dangerosité ».
La mise en place dun tel dispositif, préparé à la hâte à la suite de laffaire Evrard, relève dune philosophie de lenfermement qui sinscrit dans la culture du « risque zéro » qui, sous prétexte de lutter contre la récidive, impose, depuis plusieurs années, des législations de plus en plus répressives et attentatoires aux libertés publiques.
Il ne sagit plus simplement de durcir les sanctions ou de renforcer les moyens de contrainte, mais de procéder à des enfermements préventifs, sur la base dune présomption dinfraction future et dans une logique délimination qui sapparente à une mort sociale.
Actuellement circonscrit aux infractions les plus graves commises sur les mineurs, ce texte, comme la plupart des dispositifs répressifs, est susceptible dextensions au gré des faits divers du moment.
Lappréciation de la dangerosité nest par ailleurs fondée sur aucune évaluation sérieuse mais sur une simple expertise psychiatrique, ce qui procède dune grave confusion entre délinquance et maladie mentale. L’évaluation de la dangerosité ne relève donc pas du diagnostic mais du pronostic.
En refusant de porter les efforts humains et financiers sur le temps de la peine, ce texte fait le choix de ne pas améliorer la prise en charge durant l’incarcération.
Si ce texte est adopté, la France se dotera dun dispositif sans équivalent dans les démocraties occidentales car, contrairement à ce que le gouvernement veut laisser croire, rien de comparable nexiste en Europe (aux Pays Bas et en Belgique, ce type denfermement nintervient quen substitution à la peine).
Aujourdhui, avec une mesure comparable et au prétexte dune dangerosité sociale, la Russie enferme des journalistes dans des établissements psychiatriques.
Dans un rapport dinformation sur les mesures de sûreté concernant les personnes dangereuses (2006), les sénateurs Philippe Goujon et Charles Gautier indiquaient que « sil est indispensable de limiter le plus possible le risque de récidive, celui-ci ne peut être dans une société de droit, respectueuse des libertés individuelles, complètement éliminé. Le « risque zéro » nexiste pas. »
Nous ne pouvons accepter un modèle de société qui sacrifie nos libertés au profit dun objectif illusoire de « risque zéro ».
Nous appelons les parlementaires à refuser de voter ce texte indigne.
Pour signer cet appel : envoyer un mail à contrelaretentiondesurete@genepi.fr